Sexe et musique : aux sources de la créativité

Quand j’ai énoncé vouloir écrire quelque chose sur le lien sexe et musique, un ami anglais et hautement cynique sur les choses érotiques, m’a envoyé un message philosophe dans la foulée en me disant « My input: Les gens qui écoutent de la musique pendant qu’ils baisent sont les mêmes qui gardent leurs chaussettes au lit !». Personne ne lui a parlé du pouvoir érotique de la chaussette et des pieds, mais ce n’était pas vraiment le sujet, l’idée étant de se demander dans quelle mesure le sexe contribue à la création musicale et artistique en général. Est-ce qu’on est beaucoup mieux inspiré après une partie de jambes en l’air pour écrire le prochain disque de la décennie ? Est-ce que le sexe agirait sur le cerveau comme un rail de coke ou un hit de héroïne ?

Les paroles du sexe

En faisant quelques recherches, histoire de donner plus de crédibilité à la réflexion que je m’apprête à vous exposer ici, je suis surtout tombée sur des thèses à caractère holistique, ou plus effrayant : des théories freudiennes, exposés traitant de l’énergie de la vie émanant du sexe. Ce qui ne manquait pas d’intérêt, jusqu’à ce qu’on y évoque systématiquement l’abstinence, ruinant ainsi ma théorie de départ, que baiser donne des idées de génie.

Je me suis intéressée alors à la musique en elle-même et à quel point elle évoquait explicitement ou implicitement le sexe. Le premier groupe qui m’est venu à l’esprit est évidemment les Troggs, comme groupe d’obsédés, on pouvait difficilement faire mieux. Wild Thing, I can’t control myself , Give it to me, I want you… Leur répertoire était composé essentiellement de lamentations libidinales. Des adolescents geignant leurs fantasmes provoqués par cette petite mignonne qui les ignore. Certaines paroles prenant même des airs Vince Tayloriens du type « Je t’aurai que tu le veuilles ou non». Ce qui en dit long sur la culture du viol dans le milieu du rock à cette époque.

Quoiqu’il en soit, le sexe était le sujet numéro un et la préoccupation principale des jeunes rockers, ceci et scorer le prochain hit. Il n’y a qu’à les entendre : si les cris tordus d’Iggy Pop sur TV. Eye ou I need somebody n’émanent pas des profondeurs de son pelvis, difficile d’expliquer d’où viendrait cette sensualité cru qu’il dégageait. Le roulement de chaque «ou» de you, somebody like yooooooouuuu, ouuuu, oooouuuu, sont autant de gémissements torturés de désir.

Lou Reed donnait également pas mal dans le voix qui mouille, quoique plus subtile, parfois beaucoup plus énamouré de la seringue que des minettes. Mais en réalité, le milieu du rock, si on s’astreint au genre, pue le sexe de bout en bout. A une époque de libération totale et de transgression, l’hédonisme – dans sa forme la plus masochiste –  était de mise et les besoins étaient pour le moins basiques, viser plus haut qu’une baise déchainée et une dose de méthamphétamine faisait de vous un imbécile ou pire un hippie, ce qui pour certains revenait au même. Socialement et économiquement dans la mouise, il fallait se centrer sur des objectifs atteignables. Si ce n’était pour se créer un harem de groupies et pouvoir tirer leurs coups, beaucoup de groupes n’auraient probablement jamais vu le jour.

Comme avec Iggy ce n’était pas juste d’écrire des chansons avec des paroles suggestifs, le sexe se trouvait surtout et beaucoup plus sur scène et dans l’interprétation. Un David Bowie qui monte sur scène peinturluré, moulé dans des costumes de demi dieu de l’espace/ tenancier d’un bordel dans le détroit de Vénus, se déhanchant langoureusement sur scène, chantant «Well I drunk a lot of wine  And I’m feeling fine… yeah I’m a dude» ne vendait pas autre chose que du sexe. Une puissante matière première à branlette moite. De tous les rôles qu’il aura joué dans sa carrière, hiatus fait sur Young Americans, il aura puisé dans sa sexualité débridée, des garçons, des filles, des extraterrestres, tout était bon pour exploiter son énergie sexuelle et disons-le son charme si particulier dont il était bien conscient. Sans parler de la fascination phallique pour les fusées et autres gros engins. Bowie avait ce quelque chose qui résonnait dans les questionnements que se posait chaque adolescent se découvrant un corps tendu, nerveux, étrange, dans un monde et une époque qui l’étaient tout autant.

Il est rassurant de voir qu’aujourd’hui encore le rock puise dans les échanges de fluides et les grésillements libidinaux. Les époques changent, les désirs restent les mêmes. Alex Turner et sa gomina Bowiesque sont là pour le prouver.

Qui est venu en premier, le sexe ou la chanson ?

Alors qu’on peut récolter à la moissonneuse-batteuse les titres qui évoquent la chose, qu’en est il du processus de création ? A quel moment le sexe libère la créativité ? Ces grands hippies des Beatles n’organisaient-ils pas des sessions de masturbation collectives ? Selon les propres aveux de Paul. Imaginez John écrire Hey Jude d’une main, l’autre poignet s’agitant frénétiquement. I want to hold your hand, With a little help from my friends, c’était bougrement fort comme euphémisme. Mais calembours mis de côté et l’image déstabilisante de Ringo en train de se triturer la nouille, peut-être qu’il y a un fond à tout cela. La première piste et ici on parlera surtout onanisme, c’est celle de la stimulation de l’imagination, évidemment on parle ici de masturbation non assistée par supports filmographiques qui vous mâchent le travail. Dans ce sens votre cerveau carbure à plein régime et des images, des idées peuvent se révéler autrement que si vous vous étiez juste mis une mine au Jack. Certains évoquent des sons, des hallucinations auditives et même des odeurs dans ces moment-là. La genèse potentielle de Smells like teen spirit. Le tout s’accompagne d’une libération totale de soi et de sensations planantes qui peuvent aussi expliquer qu’après l’orgasme, le cerveau débarrassé momentanément de ses préoccupations mondaines, cesse d’être parasité pour laisser la place à quelque chose de nouveau, à la création. Quand le sexe à deux lui, va non plus exciter l’imagination mais activer les sens et donc permettre de restituer une expérience sensorielle et donner au passage les paroles de l’hymne international de la culbute : Wicked Game.

J’ai demandé à une amie d’essayer, de se toucher et de me dire ce qu’il en était : Avait-elle envie de soudain écrire des poèmes d’amour, de coucher des mots crus et fragiles sur le bout d’une nappe ? Elle m’a envoyée évidemment au diable. Quant à donner de mon propre corps pour l’art et la science, j’avais suffisamment laissé de moi pour mon «art». Je vous invite donc à faire l’expérience chez vous et partager vos créations post-coïtales .

Tout ceci reste autrement dit, hautement théorique et peu soutenu par la science qui ne peut que nous expliquer le fonctionnement cérébral durant le sexe mais ne peut pas justifier avec certitude d’une connexion entre les deux activités. Ce qui est certain, c’est que le son agit sur les émotions et le son d’un gémissement exalté ou du titillement de Jimmy Page de son manche (de guitare) peut provoquer une excitation phénoménale et c’est peut-être dans ce sens que le lien est le plus tangible.

Alors, qui est venu en premier, le sexe ou la chanson ?

Clichés sexy de la scène

Si la source d’inspiration musicale est floue et indéfinissable, il n’empêche que l’on peut apprécier ce que la musique nous a donné de plus émoustillant.

Les lèvres de Mick

Dans ses mémoires de groupie, Pamela Des Barres nous apprend que Mick Jagger avait la bouche aussi bien faite pour l’harmonica que pour manipuler d’autres instruments tout aussi délicats. Imaginez seulement un cunni de Keith Relf !

« Il donna un sens nouveau au mot « cunni », ce qui ne me surprit pas le moins du monde ; quelles lèvres !!! Bon Dieu ! Mais le fait de baisser les yeux et de voir Mick Jagger entre mes jambes m’empêcha de céder à l’abandon digne d’un animal sauvage auquel je m’étais préparée. On fit l’amour pendant des heures, mais je n’arrêtais pas d’avoir des flashs qui me ramenaient en arrière dans ma chambre d’ado, où, accroupie devant ma chaîne stéréo, je m’étais touchée pour la première fois pendant que Mick gémissait qu’il était le Roi des abeilles en train d’entrer, et à présent, il était là, juste sur moi, en train de faire exactement ça. C’était trop pour moi. Je fus prise de vertige sous le coup de la réalité de cet instant précis. Je mourais d’envie qu’il dise : « Laisse-moi entrer, ça fait du bien », mais je me serais sans doute évanouie. » (Extrait de I’m with the band)

Patti Smith parce que la nuit

Take me now, baby, here as I am

Pull me close, try and understand

Desire is hunger is the fire I breathe

Love is a banquet on which we feed

Come on now try and understand

The way I feel when I’m in your hands

Take my hand come undercover

They can’t hurt you now

Can’t hurt you now, can’t hurt you now

Because the night belongs to lovers

Because the night belongs to lust

Because the night belongs to lovers

Because the night belongs to us

I’m A Man

 

Tous à poil

 

 

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