Groupies : de muses à femmes exploitées ?

La groupie a toujours excité l’imagination collective, elle fait partie intégrante de l’image qu’on se fait du rock’n’roll : de la drogue et des filles. Cela dit la groupie n’est pas un phénomène exclusivement lié à l’industrie de la musique, les artistes, peu importe leur discipline ont de tout temps eu des muses, ces femmes qui les inspirent et qui sont quasiment toujours leurs amantes. Picasso, Modigliani, Rodin … la liste est longue.
A l’âge d’or du rock, les bands n’auraient pas connu le succès qu’on leur connait sans le fanatisme de milliers et millions de jeunes filles émoustillées. Le sexe semble indissociable de la musique et vice versa. Il était normal de voir apparaitre des fans prêtes à tout pour se rapprocher de leurs idoles. Dans la biographie de Paul McCartney, Philip Norman raconte comment dès les débuts des Beatles, les filles étaient au cœur du succès. Paul recevait des lettres, des cadeaux et il était assailli de fans en délire partout où il allait, jusqu’à devoir trouver des chemins secrets pour sortir de chez lui. Il aura lui comme John et d’autres avant et après eux, fricoté avec certaines admiratrices, ne se privant pas de ce choix pléthorique de jolies jeunes femmes se jetant si volontairement dans leurs bras.
Les groupies étaient au final des fans plus déterminées que les autres, ne se contentant pas d’une simple dédicace ou un baiser volé. Beaucoup d’entre elles possédaient une vraie connaissance de la musique, une fibre artistique et étaient autant admiratives des musiciens que de leur musique. L’aura de fascination qui les entoure tient en partie du fait qu’elles ont réussi à s’introduire dans ce monde exclusif jusqu’à en faire partie presque entièrement, en tout cas vu de l’extérieur. Dans les faits, elles n’étaient pas traitées sur un pied d’égalité avec les stars qu’elles accompagnaient, loin de là. Mais aujourd’hui, le rock ne serait pas ce qu’il est sans ces femmes téméraires.
Certaines groupies sont devenues des icônes à part entière, comme la célèbre Pamela des Barres, auteur de « I’m with the band » entre autres et successivement amante de Mick Jagger, Jimmy Page, Jim Morrison, Keith Moon… et quelques acteurs également.

Pamela-Miller

The groupies & other girls

Dans son livre, loin d’être une simple collection d’anecdotes croustillantes, elle évoque des sujets aujourd’hui encore d’actualité, sur la place de la femme dans un monde quasiment exclusivement masculin. Du sexe, mais aussi des sentiments ingénus, exprimés avec une certaine pudeur. Si le style (surtout de la traduction française) laisse à désirer, Pamela des Barres apparait comme une femme au regard aiguisé, perspicace dans son analyse de la nature humaine, de la musique et des rapports hommes et femmes. Si elle écumait les salles de concerts, c’était autant pour la musique que pour les hommes. Elle ne voulait pas être «déshumanisée». En compagnie d’autres « filles comme elle », elle monta même son propre groupe : GTO : Girls Together Outrageously,  dont la carrière fût de courte durée avec un seul album Permanent Damage qui avait reçu un accueil mitigé. The groupies and other girls, le numéro des Rolling Stones sorti en février 1969, met en premier la lumière sur le phénomène, assez inconnu du grand public à l’époque. L’image qu’on leur attribue est forcément sexiste, ce qui est encore le cas aujourd’hui. Elles captivent cependant par leur style éclectique, extravagant et leur sexualité libérée. Elles ne sont officiellement plus des femmes de l’ombre.

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Cependant, à quelques exceptions près, comme miss Pamela (le miss étant de rigueur), l’abus que beaucoup de ces muses ont subi à l’époque reste peu documenté et beaucoup d’anciennes groupies gardent le silence ou bien ont des difficultés à déterminer dans quelle mesure elles ont été victimes de ces musiciens fréquentés.
Dans un article paru dans le Guardian titré «Will #metoo Kill off the rock’n’roll groupie ?” * une autre ex groupie Lori Mattix incarne cette confusion, elle qui dit avoir perdu sa virginité avec David Bowie à 14 ans seulement, pas encore l’âge du consentement. A 59 ans, elle se pose encore des questions au regard de l’actualité et des mouvements de libération de la parole sur son passé avec ces stars, en se demandant si ce qu’elle avait trouvé normal à l’époque, n’était pas en réalité bien plus grave. La confusion est compréhensible, la groupie de fait cherche activement la relation intime avec ses idoles, elle est supposément consentante dans les relations sexuelles qu’elle entretient, jusqu’à ce que ce consentement apparaisse comme allant de soi, alors qu’il ne l’était pas toujours. Allant du harcèlement jusqu’au viol pur et simple, certaines sont passées de muses à objets sexuels à disposition des musiciens qui les consommaient à tour de bras, sans se soucier d’obtenir leur accord.

C’est le rock !

L’article soulève également une question plus dérangeante car elle ne s’inscrit plus dans un passé révolu, mais dans l’actualité de la scène musicale, qui s’agit du mimétisme des groupes de rock actuels qui ayant fantasmé la vie de débauche de leurs ainés, reproduisent les mêmes erreurs. Parce qu’être rock est encore synonyme de transgression et d’abolition de toutes les règles. Sortir de ce moule prédéfini, comme s’il s’agissait de cocher des points sur une liste de « all things rock’n’roll » pour être admis dans ce monde et être labellisé rock star qui se respecte, semble quasiment impossible. Pourtant, avec la force de frappe des médias et des réseaux sociaux, aucune star ne peut échapper aux conséquences de ses actes aujourd’hui. Le jeune public est d’ailleurs beaucoup plus exigeant quant aux mœurs et beaucoup plus sensibilisé au harcèlement et la culture du viol. Ce que beaucoup de musiciens et une partie des nostalgiques du «bon vieux temps» ont du mal à accepter. Pour autant, ceux qui pensent que le rock ne peut pas aller sans sexe, alcool, drogue et violence, oublient le contexte politique et surtout social trouble qui y était associé. Si le rock donnait une image de dérive totale, il était surtout le reflet d’une société souffrante et vivant encore les conséquences économiques désastreuses de l’après-guerre. Une jeunesse sans emploi, sans perspectives, livrée à elle-même qui a dû se créer ses propres règles. Les abus liés à cette époque bien que non excusables, peuvent être expliqués. Le rock aujourd’hui, s’il veut survivre, doit s’inscrire dans son époque ou se réinventer.
Quant à la place de la groupie, elle n’est pas vouée à disparaitre nécessairement, si l’industrie suit et s’assainit, permettant aux femmes d’exister dans ce milieu sans pour autant en subir ses violences.

*Est ce que le mouvement #metoo signe la fin des groupies ?

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