Les millionnaires doivent mourir

J’écris ce poncif sur les riches un vendredi après midi sur mon canapé, dans un bas de pyjama de supermarché et un t-shirt Hard Rock Cafe acheté dans une friperie à deux euros. Maintenant que mon manque de crédibilité a été établi, je vais procéder et vous parler d’argent. J’avoue ne rien connaitre au fric à part que les années où j’en avais, je savais foutrement bien le flamber, ce qu’il en restait quand le trésor public était passé par là, dans les bars, les librairies et chez les disquaires. Je ne saurais pas par où commencer pour expliquer comment on devient millionnaire, à part d’attendre qu’un riche parent passe l’arme à gauche, ou de créer une Start-up qui vend des climatiseurs nomades qui distribuent des smoothies ou des aspirateurs vibrants qui donnent des orgasmes pendant que vous faites le ménage. Quoique… un appareil qui aurait une fonctionnalité pour aspirer l’âme des cons, serait une invention bien utile pour s’échapper rapidement d’une conversation barbante sur les grévistes et l’augmentation des impôts.
Mais vous êtes là pour que je vous parle de foot, et je vais essayer de ne pas vous embrouiller bande de monomaniaques. Alors comme ça, les joueurs de foot gagneraient trop d’argent selon certains ? Pour clarifier les choses avant d’enchainer, les certains dont on parle ici se divisent en deux catégories : ceux qui pensent que les joueurs gagnent trop d’argent pour « simplement » taper dans un ballon, et les autres qui pensent eux, que les footballeurs sont trop payés et que donc leur salaire devrait déterminer leur rendement. Plus t’es payé, plus tu dois régaler, pour résumer grossièrement.
On ne va pas parler ici des premiers, qui sont une cause perdue. Ils sont les mêmes qui pensent, que les chômeurs devraient nettoyer les trottoirs à la brosse à dent après leur passage, au lieu de vivre sur le dos de la société. Nous allons parler des deuxièmes, ceux qui voient les joueurs comme des retours sur investissement. Soyons clairs, je ne dis pas qu’il faudrait payer des millions des joueurs, pour qu’ils tâtent de la pelouse en trottinant à deux à l’heure, faisant des gestes en direction du ciel vers leurs ancêtres qui sont à ce moment là à l’open bar céleste (c’est ma vision du paradis et personne ne pourra me convaincre du contraire) et, qui ne les regardent même pas tellement ils sont d’une nullité crasse. Par contre où est la limite ? Je veux dire à quel moment un joueur aux yeux du spectateur, commence à mériter son salaire ? Est-ce que c’est quantifiable ? Bon d’accord, oui on peut le quantifier si on veut. Si c’est un attaquant c’est tout trouvé : buts + passes décisives + autres statistiques modernes et sophistiquées qui dépassent ma compréhension de footeuse basique et ignare. Le problème est que plus on va dans ce sens là et plus on dérive vers de la pensée capitaliste bête et méchante. Aujourd’hui on ne se contente pas d’un joueur qui met des buts, il faut en plus qu’il soit exemplaire, vous comprenez, les gamins de partout dans le monde le regardent et le prennent comme exemple. Bon déjà c’est un peu faux. Les gamins qui regardent le foot, veulent copier la coupe de cheveux d’un joueur, essayer de faire les mêmes dribbles, porter le même maillot que lui. L’influence se limite à ce peu de choses. A moins que le joueur en question soit une brute épaisse qui aime découper les rotules de ses adversaires, force est de constater que le joueur de football n’a pas ce genre de pouvoir extraordinaire d’influencer la vie et le caractère en construction d’un gamin. Personne ne dit à son enfant « Neymar il rapporte un bulletin comme celui-là à ses parents ? » « Zidane il mangeait ses brocolis ! lui ! ». Donc la supposée exemplarité que doivent refléter les joueurs reste un terme vague balancé ainsi à tout-va. C’est presque comme si nous avions oublié qu’il y avait un type avec un sifflet sur le terrain dont le métier est d’être le garant du respect des règles et de l’éthique.

Tant qu’un joueur rentre sur le terrain, respecte les consignes de son entraîneur et les règles du jeu, à tous points de vue, son contrat est rempli. Quant au fait qu’il mérite son salaire, aussi faramineux soit-il reste une question d’appréciation personnelle. Le supporter a tous les droits d’exprimer son mécontentement, après tout c’est lui le client final, c’est lui qui dépense des sous mais ne reçoit rien. Il est en droit d’être exigeant, autant que cela me concerne, le supporter peut même exiger qu’un joueur marque des buts, les yeux bandés, tout en faisant l’hélicobite. Mais voilà, le joueur a signé un contrat avec le club, pas avec nous. Nous ne l’employons pas, pas directement et, nous ne savons même pas ce qui figure sur son contrat. Donc on peut demander, demander, finalement nous n’avons pas d’autres droits sur le joueur. Revenons maintenant à la question du fric, des milles et des millions. Le joueur n’oublions pas, est un employé. Il signe un contrat en échange d’un travail, le travail que nous avons cité plus haut. S’il fait partie de l’élite, les 2% concentrant le plus de talent, il sera payé bien mieux que les 98% autres joueurs, même si dans le tas il y en a qui travaillent plus dur, qui courent plus, qui s’entrainent plus longtemps etc. C’est un peu comme dans la société dans laquelle nous vivons: la répartition inégale des richesses. Sauf que c’est un peu différent encore. Parce que dans la société, les 2% les plus riches ne sont pas forcément les plus travailleurs, les plus intelligents, ni les plus talentueux. Dans le football l’écart se justifie plus, car le talent est bien réel et qu’il est rare. Combien de licenciés pour combien de joueurs professionnels d’exception ? C’est comme au cinéma, certains sont tête d’affiche et certains sont seconds rôles ou figurants. Personne ne va s’indigner que la Movie Star gagne XXX % de plus que l’étudiant en arts dramatiques, qui joue le chauffeur de taxi numéro 3 dans le film. Quoique, nous devrions peut-être commencer à protester contre la chose. Ce que gagne Guillaume Canet pour tout le mal qu’il fait au cinéma, en se triturant la nouille, impunément, me reste en travers de la gorge. Imaginez le festival de Cannes et 10000 d’entre nous, siégeant dans des tentes Quechua devant les marches. Marion Cotillard en mourrait d’effroi, mais en même temps elle a la mort bien vilaine donc bon… c’est un plan qui a ses failles.
Venons-en au dernier point de cet argumentaire, avant que je digresse et que je parte sur des métaphores douteuses encore. Le dernier point étant l’humanité, et oui braves gens, car le joueur reste un humain. Parlons de l’humanité d’un point de vue physique. L’outil de travail d’un joueur est son corps et le football, quoiqu’en pensent les démagogues de l’ovalie, est un sport très physique. Il demande une grande débauche d’énergie et, le joueur est prompt aux diverses blessures qui viennent avec ce type d’activité. Notre raisonnement que le joueur gagne beaucoup trop d’argent devient malsain, quand on commence à reprocher au joueur ses blessures,  qui ne sont pas des événements de son fait. Croyez moi, j’ai essayé un jour de me tordre la cheville pour éviter d’aller travailler et c’est beaucoup plus difficile que ce qu’on pense. Et bien même ! Disons que le joueur est un peu trop fragile de base, il ne revenait qu’à son employeur d’en tenir compte et d’adapter sa rémunération dans ce sens. Je n’invoquerai même pas la durée moyenne d’une carrière de joueur; vous me direz que même si le joueur part en retraite à 30 ans, il aura gagné bien plus que le commun des mortels, suffisamment pour ne plus travailler le restant de ses jours. Vous voyez ? je vous connais bien.
Maintenant abordons l’humanité d’un point de vue McCartney-en, dans le sens « aimons-nous les uns les autres et organisons des séances de masturbation collective». Le joueur aussi riche soit-il, n’est pas différent de vous et moi. Il souffre moralement, il vit des ruptures, des coups de barre, du mal du pays, des désaccords avec son patron, ses collègues etc. Alors je n’ai jamais été bien riche, mais j’ai du mal à me représenter quelqu’un essuyant ses larmes avec des gros billets verts ou s’envoyer un gros pot de Ferrari pour oublier ses peines. Ceux qui pensent qu’on ne peut pas être malheureux ou insatisfait de son sort lorsqu’on peut s’acheter une île aux Bahamas, possèdent un degré de cynisme qui ferait passer le fan club de Bukowski pour des Bisounours enrobés de caramel et de déjections de licorne.
Dernier point, oui j’avais dit que celui d’avant était le dernier, mais je ne pensais pas avoir tant de choses à dire et puis foutu pour foutu, tant que vous êtes encore là, je me permets. Les joueurs sont loin d’être les plus grands gagnants du football Game. Si le salaire de Ronaldo, Neymar, Mbappe, Bale et compagnie vous choque, alors qu’eux au moins s’épuisent sur les terrains, dites vous que les agents, les nombreux intermédiaires qui agissent dans l’ombre et, les chaînes de diffusion, gagnent tout autant, voire souvent plus et eux concrètement, nous procurent aucun plaisir et ne sauraient pas faire un petit pont pour sauver leur vie.

 

 

 

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