La géométrie variable de l’amour

Souvent les supporters de football sont heureux de raconter comment et pourquoi ils ont commencé à supporter leur club, dans mon cas la question a toujours été un peu embarrassante, car j’étais et je suis toujours incapable d’expliquer le pourquoi du comment. Puis pour ne pas arranger les choses, j’aime deux clubs différents, très différents. Je ne rentre pas exactement dans les cases du supporter typique et comme vous le savez la société est tellement tolérante de la différence, n’est-ce pas ?
Mais là n’est pas le sujet, j’avais expliqué un jour dans un papier que je supportais deux clubs, j’étais encore pas à l’aise avec cet aveu et les questions qui inévitablement viendraient avec. Le polyamour dans le football reste mal vu encore. Mais je radote et je dois me rappeler que ce n’est pas vraiment le sujet encore une fois. Non le sujet est que dans cette histoire, j’aime clairement un club plus que l’autre. Comme quelqu’un qui se complaît dans un mariage de raison tout en s’octroyant une bonne dose de passion deux week-ends sur quatre et un « séminaire » par mois.
Il se trouve aujourd’hui que mon mariage se trouve dans une impasse. Je ne vais pas vous cacher, entre Monaco et moi ces derniers temps ont été compliqués. Beaucoup de colère, de frustration, d’incompréhension. En réalité la crise dure depuis quelques années maintenant. Mon premier instinct a été de fuir chez Napoli, la tentatrice, la séductrice, la Belle. Voyez-vous entre elle et moi c’était le coup de foudre, l’amour au premier regard, la douce ivresse enveloppante du premier verre de vin consommé. Cette passion n’a jamais faibli et Monaco semblait de plus en plus devenir ce que je détestais le plus : prévisible, paresseux, médiocre, se contentant du minimum syndical. J’ai raisonné que c’était donc plus judicieux de prendre mes distances. Après tout, je n’aurais été ni la première, ni la dernière à mettre fin à une histoire qui ne m’apportait que tracas et maux de cœur. Ce n’était pas comme si j’étais extrêmement gâtée par Napoli non plus, mais au moins il y avait de l’effort dans tout cela, là où chez Monaco je ne voyais plus rien.
Vous la connaissez celle-ci : « On peut changer de femme mais pas d’équipe » ; et bien j’étais prête à jeter l’éponge ne fût-ce que par pur esprit de contradiction. Mais quelque chose de suprenant s’est produit. Quand je dis surprenant c’est que moi-même j’étais, permettez moi l’expression, sur le cul en m’en rendant compte que la situation du club aussi désastreuse qu’elle était, avait eu le don de raviver ma flamme . Vous voulez savoir une chose encore plus bizarre ? Plus l’équipe s’enfonce et plus mon attachement grandit. J’ai commencé à me demander si je n’étais pas un peu masochiste sur les bords, mon historique amoureux en était une preuve. Je me suis demandée si ce n’était pas une attraction envers les causes perdues, encore là j’en savais quelque chose. Les causes perdues voyez-vous, ont quelque chose de terriblement romantique. C’est lorsqu’on pense que quelque chose est quasiment impossible, que la condamnation semble ferme, c’est là qu’on redouble d’efforts pour faire mentir les probabilités, pour prouver ou se prouver, qu’on est l’exception à la règle.
Va savoir, en tout cas depuis que Monaco plonge dangereusement vers l’effrayante et familière frontière qui sépare la Ligue 1 de la Ligue 2 quelque chose s’est rallumé, comme une alarme qui se déclenche pour éveiller tous les sens et permettre de lutter contre le danger imminent. J’ai toujours pris la notion de supporter un club avec un certain degré de légèreté, pas vraiment certaine de ce que cela impliquait réellement. Pas comme si ce n’était pas écrit dedans en toutes lettres pourtant… trois années de consommation régulière de BFMTV peuvent avoir des effets irréversible sur le cerveau. Je suis lente oui, mais je finis en général par comprendre les choses. Ce n’est pas sans douleur, comme le sont toujours les affaires du cœur, mais l’envie de soutenir, encourager l’équipe, mon équipe, n’a jamais été plus forte. Mais alors si le supporter, qui lui n’est pas payé, n’a aucun avantage et qui est globalement méprisé par-dessus le marché, si lui est animé par ce sentiment de combativité, malgré son impuissance, comment expliquer que les acteurs principaux semblent être ceux qui sont les moins concernés ?
Je finirai là-dessus, avec un mot d’amour de circonstance :

« Mon Monaco adoré, je t’aime ! Je te soutiens, je suis là, mais j’ai mieux à faire de ma vie que de me farcir des matchs de ligue 2 le lundi soir, alors ressaisis toi pour l’amour du Ciel. Doux baisers »

1 commentaire

  1. Délaissez les causes perdues en amour, la vie est trop courte pour ne faire qu’espérer des lendemains meilleurs.
    Une histoire simple ne signifie pas qu’elle sera ennuyeuse ou fade, juste qu’elle est écrite pour vous.

    En sport, c’est bien autre chose…

    J'aime

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