Staircase Paradox

Quand quelqu’un vous fait écouter sa musique, il y a toujours un moment de malaise accompagné d’appréhension, comme lorsque les nouveaux parents vous montrent des photos de leur nouveau gosse. Vous redoutez votre réaction et effectuez une prière secrète pour que les muscles de votre visage réagissent correctement, vous vous connaissez bien, et vous ne vous faites asbolument pas confiance quant à d’éventuelles réactions spontanées mais absolument malvenues. Ce n’est pas comme si vous pouviez dire la vérité quand on vous regarde les yeux pleins d’espoirs de validation ; et ce n’est pas comme si vous pouviez dire à quelqu’un « Mouais pas mal, mais tu sais quoi ? je préfère le premier gosse que t’as fait, il était plus cohérent, il me parle beaucoup plus que le nouveau. Peut-être que si tu le réarranges un peu… remontre le moi dans quelques mois ! »

C’est dans ces moments là que j’ai une gratitude infinie pour la dématérialisation des échanges humains. Maintenant les photos de bébés en format jpg et autres liens Spotify vous sont envoyés de loin, ce qui vous donne amplement le temps de formuler une réponse dénuée de sincérité mais bienveillante pour ne pas heurter les sentiments de votre interlocuteur.
C’est ainsi que j’ai abordé le nouvel EP de Staircase Paradox en pensant déjà à ce que je pourrais dire si jamais je détestais. Puis de la Pop Indie… En tant qu’Ayatollah du Rock et désespérément snob, je considère globalement ce type de musique, à quelques exceptions notables, au mieux comme un palate cleanser, un ear cleanser plutôt en l’occurrence, un truc pour nettoyer les oreilles sans faire trop d’efforts avant de retourner aux choses sérieuses et, au pire comme un The Smiths du pauvre, où on aurait croisé Morrissey avec un chien errant, avant de battre le rejeton de cette union immonde, à mort avec une guitare. Je vous dis tout de suite que mon snobisme en a pris un coup. Pas à la première écoute, c’est très rare que je perde ma culotte dès la première fois. De mémoire ça n’est arrivé qu’à une dizaine d’occasions et, Iggy Pop est responsable de la moitié de mes orgasmes. Les autres sont attribués à Bowie, The Yardbirds, The Clash, Queen et un ex qui est rentré chez moi un jour en chantonnant « je t’apporte de la mozzarella di Bufala ».
Donc j’ai écouté distraitement la première fois, le premier Titre de l’EP Landmines Have Feelings too, Terrific Tips, qui ne m’a laissé aucun souvenir, ni mauvais, ni bon, ce qui était pire que tout, une musique qui ne vous fait aucun effet est un terrible verdict. Pas encouragée pour écouter la suite, j’ai tout bonnement abandonné là. Je n’y suis retournée qu’une semaine après, alors que j’attendais la nuit à la gare un train retardé. J’ai décidé de retenter l’expérience et de persévérer, mais rien n’y faisait le Terrific Tips décidément ne me revenait pas, redoutant le reste mais déterminée, je suis passée à Blured Horizon et là j’ai vraiment accroché, il y avait un bémol, que je retrouverai dans beaucoup de morceaux ensuite, celui des chœurs: un mal totalement dispensable. A part si vous êtes Queen ou que vous assumez à fond, les ouuuh repris en chœur sont une nuisance sonore à manier avec parcimonie. Mais si je mettais cela de côté tout le reste était très bon, voire excellent. J’ai réécouté l’EP plusieurs fois d’affilée sans relâche, retroussant les manches et plongeant le bras entier, à chaque écoute je ressortais avec une nouvelle prise. Comme un démantèlement de matriochkas, chaque morceau se dévoilait sous un nouveau jour. Les boucles interminables et entêtantes insérées judicieusement ici et là comme dans Pending Miracle et Blurred Horizon qui vous restent longtemps dans l’oreille et, qui laissent aussi apparaître une maîtrise instrumentale impeccable (mentions spéciales au batteur du groupe et à la bassiste). Non, vraiment cet EP commençait à me parler sérieusement, même le Terrific Tips honni au départ, j’avais fini par vraiment l’aimer. Il n’y avait que cet inexplicable Advent Calendar For Dogs qui gâchait l’enchainement; une mixture bizarre que j’ai préféré laisser de côté car après tout, le reste du repas était rassasiant et il aurait été de mauvais goût d’en tenir rigueur au chef pour une expérimentation malheureuse. Cela dit le morceau ira rejoindre tous ses petits copains dans la playlist des bizarreries que je me réserve pour les moments vaporeux d’ivresse où mon humeur est plus propice à l’extravagance.
Enhardie, j’ai fini par écouter tout ce que Staircase Paradox a fait depuis ses débuts. Au passage, quel nom ! Non seulement il sonne bien, mais il reflète parfaitement la musique du groupe. Pour une fois, ce n’est pas un de ces noms totalement abstraits, que les génies qui les ont trouvés doivent t’expliquer en 5000 mots et, qu’au bout tu n’as toujours pas compris quel était le rapport. Staircase Paradox est exactement ce qui est annoncé : une sorte de tourbillon, un truc qui donne un peu le vertige, une douce perdition. On tombe parfois sur des trucs bizarres, pas vraiment beaux mais qui ont quelque chose de fascinant et parfois sur des trucs beaux mais sans intérêt. J’ai flashé ensuite sur Empty Second Sky un morceau fourré au milieu de « Hand Shaking Heart Stopping Moment », c’était un coup de cœur immédiat, un poil commercial, mais un petit chef d’œuvre de maîtrise vocale, instrumentale et toujours avec une boucle entêtante « I’ll run away, run away when it’s over, I’ll run away, run away when it’s over…. », vous aurez compris que c’est mon obsession depuis le jour où j’ai écouté Fun House des Stooges. Billy, le chanteur principal du groupe m’avouait que bizarrement il avait détesté cette chanson au point de vouloir l’enterrer, mais je n’allais pas me rendre complice de ce crime et c’est ainsi que j’ai exhumé le corps encore chaud d’Empty Second Sky dans ce papier et, que j’ai confisquée au passage la pelle à Billy Montoya.
Finalement je n’aurais pas eu à édulcorer mon avis sur Staircase Paradox en le rendant au fier papa du groupe. Je n’ai pas manqué par contre de transmettre mes remarques quant aux voix. Autant le groupe semble assumer complètement sa musique, ses textes, son style, ses influences, autant les voix sont un point noir qu’il faudra adresser à un moment. Que ce soit celle du chanteur principal par moments, ou celles des filles qui se cachent dans des murmures, comme des bonbons pralinés délicats et totalement superflus sur un gros gâteau à la crème qui se suffisait à lui-même et, qui n’avait rien demandé à personne. C’est d’autant plus un gâchis, que le potentiel est là, mais il faudra pousser les voix beaucoup, beaucoup, plus fort que cela ou y renoncer complètement, pas de demi-mesure. Puis à quoi cela sert d’être dans un groupe de Pop Indie/Rock alternatif et tutti quanti si ce n’est pas pour prendre des risques, quitte à tomber la tête droit devant, dans la cage d’escalier …

Quoiqu’il en soit Staircase Paradox laisse tout, sauf indifférent.
Pour aller plus loin : http://www.staircaseparadox.com/

 

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