La théorie du Ghormeh sabzi et le QI football: une introduction

La théorie du Ghormeh Sabzi part d’un constat culinaire simple. Le Ghormeh sabzi est un plat populaire en Iran et en Afghanistan. Il a cela de remarquable qu’il est absolument révoltant visuellement. Je peux vous assurer que si vous testez le Ghormeh sabzi pour la première fois, la vision du plat arrivant à votre table peut soulever chez vous de l’inquiétude et peut être quelques légères nausées. Mais dés la première bouchée, toutes vos craintes se dissipent, laissant place au plaisir. Le Ghormeh Sabzi est aussi bon gustativement qu’il est répugnant visuellement. Ce qui est déconcertant lorsqu’on sait à partir de quels ingrédients il est constitué : Fenugrec, Haricots rouges, coriandre, persil…. Dit comme ça, il n’y a pas de quoi donner envie et pourtant !
Il en est ainsi aussi de certains joueurs de football. Je suis consciente que j’aurais pu tout aussi bien aller droit au but ou utiliser une métaphore connue et banale comme « l’habit ne fait pas le moine », mais vous n’auriez peut-être jamais connu la merveille qu’est le Ghomeh Sabzi et cela, à mon avis aurait été bien triste.
Donc certains joueurs de football, pris individuellement, peuvent parfois avoir l’aspect d’une feuille de Fenugrec desséchée: manquent de technique, savent pas faire de beaux gestes, des passes venues d’un autre univers, frêles ou au contraire des grosses brutes… la liste est longue et notre jugement rapide. Mais prenez un de ces joueurs et observez le comme un élément d’un tout, comme une feuille de Fenugrec dans une marmite de Ghormeh Sabzi et vous verrez peut être autre chose. La vérité est que l’intelligence d’un joueur de football est situationnelle. Elle ne se mesure réellement que dans son rapport à ses partenaires et aux diverses situations, problèmes, intervenant dans un match.
Un type qui fait des gestes techniques de fou furieux dans son coin, qui se démène foutrement bien pour se sortir de situations compliquées tout en conservant son ballon, mais qui ne passe pas le dit ballon au moment ou il le faut, au partenaire le plus idéalement situé ; a-t-il ce qu’on appelle un QI Foot ? Bonne question les enfants. Il n’est pas complétement idiot il est certain. Il est intelligent avec son corps, il sait quels mouvements effectuer, comment placer son corps idéalement pour conduire son ballon et le conserver. Prenons maintenant l’exemple contraire : celui qui à l’inverse du premier, a une technique passable, mais qui lève systématiquement la tête et repère toutes les différentes possibilités qui s’offrent à lui pour diriger le ballon vers le point le plus idéal sur le terrain, le tout en quelques secondes. Est-il un joueur bien plus utile au collectif que ne l’est le premier gars ? Est-il plus intelligent ?
Ce bon Arrigo Sacchi a proposé un jour une réponse « La créativité individuelle est aisée mais le plus difficile reste la créativité collective ». Si le maitre le dit, alors la question est réglée non ? Mais je vous vois lever les sourcils « Mais ma bonne dame, c’est bien beau vos histoires de marmiton, mais un joueur intelligent est un joueur qui réunit les qualités du premier et du deuxième, et je vous répondrai que dans ce cas, on ne parle pas de joueur intelligent, mais de génie, d’artiste et de ceux-là il n’y en a pas des masses.
En réalité, il faut toujours voir l’ensemble, l’image complète et se demander ce qui crée réellement une différence lors d’un match ? Notre deuxième joueur, la feuille de Fenugrec qui ne ressemble à rien, aura plus d’impact car il aura créé ou perpétué un mouvement déjà enclenché dont ses coéquipiers bénéficieront à leur tour, donnant lieu au fameux mouvement collectif qu’on aime tant. Il aura maximisé les chances de son équipe de créer collectivement une occasion de but, un écartement de danger, une récupération, une contre-attaque … plus que s’il avait agi seul. Ce qui va dans le sens de ce que dit Sacchi et ce que les plus grands entraineurs cherchent à réaliser sur le terrain.
Ce qui ne veut pour autant pas dire, que les fins techniciens du ballon sont à mettre à l’écart. En réalité le QI foot est tout un tas de choses à la fois, l’intelligence de placement, l’intelligence situationnelle, l’intelligence physique… Mais si ce n’est pas mis au service du collectif, cela ne sert à rien. Les équipes qui fonctionnent le mieux sont celles qui possèdent des joueurs capables de créer à travers leur intelligence relationnelle, peut-être la forme d’intelligence la plus importante dans un sport collectif, une alchimie. Un peu comme l’alchimie nécessaire pour faire d’un tas de Fenugrec, de coriandre, de persil, d’haricots et d’agneau un plat de résistance délicieux.
Puis parfois nous avons les joueurs qui n’ont ni l’intelligence du corps ni celle de l’esprit, eux sont le gros grain de poivre qui est venu s’incruster et qui est capable de vous ruiner tout un plat… les Jemerson du football.

Une réflexion sur “La théorie du Ghormeh sabzi et le QI football: une introduction

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.