Football Leaks : Super League (traduction intégrale de l’original parru sur The black sea)

Régressif. Protectionniste. Une boutique fermée. Le plus grand scandale du football européen. Les dirigeants de clubs ont dirigé ces critiques à la face de l’UEFA après la décision de la football association de changer le format de la Champions league en 2018.

Cette année le nombre de places garanties pour les top clubs européens a augmenté de 22 à 26 sur 32, avec les clubs les plus influents continuent d’avoir la mainmise sur la compétition aux multi-billions de revenus.

Quatre places furent réservées pour les nations footballistiques les plus puissantes – Espagne, Italie, Allemagne et Angleterre- , laissant deux pour la France et la Russie et, seulement une place pour chaque au Portugal, l’Ukraine, la Belgique et la Turquie, en plus des gagnants de l’Europa League et la Champions league de l’édition précédente.

Valables pour trois saisons, ces changements garantissent aux clubs les plus riches d’Europe – Bayern Munich, Manchester United, Barcelone et Madrid- de ne presque jamais être exclus de la champions League, même s’ils dégringolent dans le classement de leur championnat national.

Pendant ce temps les premiers de leur championnat domestique dans la majorité des pays européens devront lutter à travers un tour de qualification avant de s’assurer une des six places seulement face à la « royauté » du football. Cela créé une compétition dominée par les géants du football, et met un coup de massue supplémentaire au football de l’Europe de l’est.

Pour mettre en place ce nouveau format, l’UEFA a pris en considération seulement les récents succès des clubs et non leur historique de progression et leurs victoires passées comme cele du Red Star Belgrade en 1991, Steaua Bucuresti et son triomphe sur Barcelone en 1986 ou encore le parcours remarquable du Dynamo Kiev en 1999.

L’indignation vis-à-vis de ces changements est venue de France, qui ne possède que la moitié de places dans la compétition par rapport à ses voisins.

«  Ceci est le plus grand scandale de l’histoire du football européen. Ceci est une réforme quia été décidée en secret. » a déclaré Bernard Caiazzo le président de l’AS Saint-Etienne et de l’union des clubs de ligue 1. Il a dénoncé « l’influence disproportionnée » de l’ECA ( association européenne des clubs) et son axe germano-italien sur l’UEFA.

Cela peut ressembler à une théorie du complot, mais il se trouve que cela n’est pas bien loin de la vérité.

En 2016, une coalition secrète menée par le Big Four des clubs européens a mis en place un plan pour une league d’élite privée pour se détacher des compétitions nationales et de la Champions League. Cette action pourrait enrichir les « grands » pays (Espagne, Italie, Allemagne et Angleterre), au détriment des plus petites nations du football.

A partir de documents confidentiels obtenus par Der Spiegel et partagés avec les membres de l’EIC (  réseau de collaboration d’investigation européenne), on peut expliquer comment la réforme de la Champions league a été mise en œuvre à travers un plan pour non seulement se détacher de la compétition européenne la plus prestigieuse mais également pour se détacher de l’UEFA complétement.

Le Bayern, la Juventus, le Real Mardrid et le FC Barcelone se sont alliés dans ce qui ne peut que s’apparenter à un cartel pour examiner leur possibilité de créer une Super League européenne privée, avant d’être rejoints par Manchester United, Arsenal et l’AC Milan.

Le plan pour les super-clubs était de se libérer de l’UEFA et de rafler tous les profits des droits télévisuels et contrats de sponsoring dans une compétition où il n’y aurait que des affiches (et donc eux en tête). Cette association secrète des poids lourds du football semblerait avoir usé de ce plan, pour forcer l’UEFA à introduire une réforme de la Champions league qui serait en leur faveur et vraisemblablement l’UEFA a en effet capitulé.

Cependant le concept d’une Super League où les géants du football s’affronteraient chaque saisons n’a pas été enterré pour autant. Il semblerait même que l’alliance serait sur le point de parvenir à son but. Selon le memo confidentiel daté du 22 Octobre 2018, 16 tops clubs semblent se préparer à signer un document établissant cette compétition à partir de 2021.

Décembre 2015: Le Concept – Les grands clubs devraient tripler leurs revenus

Les dirigeants et officiels des clubs ont débattu de l’introduction d’une Super League européenne depuis trente ans. Des projets secrets portant des noms obscurs comme « Parsifal » et « Gandalf » ont été conçus avec pour objectif de séduire les riches rois du football, comme l’ex président de l’AC Milan Silvio Berlusconi et l’actuel Florentino Perez du Real Madrid.

Le 17 décembre 2015, l’influant organisateur de tournois de football basé aux U.S , Charlie Stillitano a envoyé un e-mail à deux cadres du Real madrid : le directeur général José Angel Sanchez et le responsable du marketing. Joint à l’e-mail un document retraçant une conversation exposant aux cadres du Real Madrid l’option qui suit concernant le déroulement d’une saison de Super League :

– Les 17 équipes avec le plus de présence télévisuelle de l’Espagne, l’Angleterre, L’Italie, l’Allemagne et la France prendraient part à la compétition de manière permanente

– La 18ème équipe à entrer dans la compétition devra être un des tops clubs de Russie, Pays-Bas ou Turquie. [ Mais cette option semble avoir été formulée du bout des lèvres seulement, le document explique que la seule raison d’inclure un seul autre club en dehors des grands réside purement dans ce que cela peut apporter en intérêt télévisuel local et pour limiter la pression des supporters des autres clubs européens]

– La compétition durerait 34 semaines, avec des matchs disputés les mardi, jeudi et dimanche.

– Il y’aurait un tour à élimination directe à la fin de la saison

Dans cette présentation, Stillitano a calculé que chaque top club pourrait gagner annuellement 500 millions d’euros. A titre de comparaison, en 2016 le gagnant de la Champions League avait reçu 60 millions d’euros de l’UEFA. Le cadre sportif américain a prévu que dans une Super League où seulement les grands clubs s’affronteraient chaque semaine, ces clubs verraient leurs revenus tripler.

Janvier 2016: Le cartel est en place

Le directeur général du Real Madrid, José Ángel Sánchez a envoyé par e-mail l’une des présentations Super League de Stillitano au vice-président du club avec une annotation « Ce document doit être étudié. »

Le club espagnol avec six de ses tops homologues a mis en place une Task Force pour étudier l’établissement d’une Super League. Dans les mois qui suivirent, Real, Bayern, Juventus, Barcelone, Manchester United, Arsenal et AC Milan se réunissaient dans le dos de l’UEFA et des autres clubs pour travailler et préparer leur plan de sortie de leurs championnats et leurs ligues domestiques.

Février 2016: La contradiction du Bayern Munich

Le football international était pris en plein scandale. La FIFA était démunie après une vague d’arrestations de ses cadres dirigeants. L’UEFA a vu également son président Michel Platini éjecté à cause de paiements suspicieux en provenance de l’ancien patron de la FIFA, Sepp Blatter.

Pendant ce temps le chef du département légal du Bayern Munich, Michael Gerlinger amorçait des échanges avec le cabinet d’avocats « Cleary, Steen and Hamilton », afin de les mettre en charge de l’étude des implications légales d’une Super League ; en particulier si le Bayern sortait des compétitions européennes existantes et de la Bundesliga.

Le 9 février à Paris, l’ECA une association représentant plus de 220 équipes, s’est réunie pour discuter les changements de format des compétitions internationales. Le président de l’ECA était le PDG et l’ancien attaquant du club bavarois, Karl-Heinz Rummenigge.

Plus de 150 hauts représentants des clubs européens ont discuté la FIFA, l’UEFA et une possible réforme de la Champions League. Selon les notes de cette réunion, Rummenigge a assuré que l’ECA et l’UEFA tendaient vers « une évolution des compétitions ». Dans ce sens, il a rajouté qu’il y aurait « un échange d’idées…à différents niveaux » et que quelques « groupes informels » à l’ECA travailleraient sur le sujet.

Mais il y’avait là une contradiction. Alors que le PDG du Bayern était en train de parler « d’évolution » à l’ECA et UEFA, un cabinet d’avocats britannique était occupé lui, à travailler pour le compte du club sur un plan qui détruirait tous les projets de réforme évoqués par L’ECA.

Mars 2016: la Super League face aux obstacles légaux

Le premier mars, le Bayern Munich reçut un memo confidentiel du cabinet « Cleary, Gottlied, Steen and Hamilton » qui exposait les implications légales à l’institution de la Super League. Il démontrait que ni l’UEFA ni la FIFA ne pouvaient pénaliser les grands clubs s’ils venaient à se retirer, car cela représenterait une violation de « la législation européenne sur la concurrence».

Les avocats évoquent par la suite un certain Memo, le Memorandum of Understanding (MoU) que l’ECA avait signé avec UEFA en 2015. Ils ont noté que même si l’ECA a signé ce MoU qui les lie à l’UEFA, les clubs eux-mêmes n’y sont pas tenus car ils ne l’ont pas signé individuellement, seule l’ECA donc était impliquée.

L’ironie est que le Bayern à travers Gerlinger lui-même avait mené les négociations qui ont abouties à la signature du MoU avec l’UEFA- qui fût rémunéré 25.000 d’euros de la part du ECA pour ses efforts.

Les avocats ont également anticipé certains problèmes dans le cas où les clubs se retireraient de leurs ligues nationales : il serait probable que les clubs soient encore contraints de laisser leurs joueurs rejoindre les sélections nationales, car la coupe du monde et l’Euro permettent aux joueurs d’augmenter leur valeur et leur salaire. Les en empêcher pourrait déboucher sur des procès à leur encontre.

Cependant le Bayern Munich en particulier ferait face à un plus grand problème s’ils se retirent de la Bundesliga : les contrats de ses joueurs les lient à la Bundesliga.

Mais cela ne sembla pas refroidir les ardeurs des bavarois. Dans les mois qui suivirent, ils continueraient à travailler ensemble avec les autres participants à la conspiration pour ouvrir la voie à une Super League.

« Nous devons à tout prix éviter d’être perçus comme un cartel »

Vers la fin du mois de février, Stillitano entreprit une visite des cinq grands clubs de Premier League : Manchester United, Arsenal, Chelsea, Liverpool et Manchester City. La rencontre eut lieu dans un hôtel de luxe à Londres.

Peu de temps après la rencontre, le tabloïd anglais The Sun a sorti une Unie avec ce titre : « Sommet top secret de Super League révélé. » Mais mis à part l’information que les dirigeants des tops clubs s’étaient réunis dans un hôtel pour discuter avec Stillitano d’une nouvelle compétition, le journal ne révélait rien de plus.

Quoiqu’il en soit, les clubs anglais ont été pris de panique. Le service de presse de Manchester City, comme le révèlent les documents Football Leaks, a écrit le message suivant à l’intention du PDG Ferran Soriano : « Nous devons êtres très prudents et éviter à tout prix d’êtres perçus comme un cartel». Soriano répondit qu’il faudrait que les clubs trouvent un endroit plus privé pour les prochaines rencontres.

Début mars, les hauts cadres du Real Madrid se sont rendus à Munich. A 11h, ils ont été récupérés à l’aéroport par un chauffeur du Bayern Munich et conduits à un restaurant haut de gamme, où il retrouvèrent Rummenigge, Gerlinger et Stillitano.

Un rendez-vous secret et un ultimatum : « Révolution ou Evolution »

Le 31 mars, les dirigeants du Big Sept se rencontrèrent en secret en Suisse avec Gerlinger prêt à leur faire une présentation des idées de Stillitano.

Les dirigeants logeaient dans un hôtel à Zurich où ils avaient réservé les salles de conférence au nom d’une agence de voyage discrète. La présentation « Scénario d’une Super League pour le top football européen » fût présentée aux présidents de club. Elle souleva des sujets sensibles comme : Est-ce que les clubs devraient quitter leur ligues nationales complétement ou seulement se défaire de l’UEFA ? Et qu’est-ce que l’UEFA pourrait offrir pour empêcher cela ?

Les hauts cadres discutèrent de s’il fallait organiser des qualifications pour cette ligue ou est ce que les participants seraient fixés à l’avance sans aucun risque de relégation. Les officiels se sont vu dire qu’ils perdaient 400 millions d’euros à cause des frais d’organisation de l’UEFA et le partage de revenus convenu avec les plus petits clubs.

La présentation s’est conclue sur ces deux options : « révolution » ou « évolution ». Dans le cas de la révolution, il serait nécessaire de définir « une limite de temps et tous les paramètres nécessaires pour se détacher effectivement des ligues et des fédérations » y compris un plan de communication, une stratégie marketing et la création d’une entreprise indépendante. L’autre option proposée aux clubs, celle de « l’évolution » impliquait elle de rester liés à l’UEFA et aux ligues, mais à certaines conditions. Dans ce sens là Gerlinger, le directeur de Barcelone Raul Sanllehi et Stefano Bertola de la Juventus Turin auraient la mission de mener les négociations avec l’UEFA pour le compte de cette coalition secrète.

Mais il y avait encore quelques détails à régler avant de rencontrer l’UEFA.

Vint d’abord la réunion de l’ECA à Amsterdam le 19 Avril. A ce rassemblement, certains des plus petits clubs voulaient savoir quels étaient les projets pour la réforme des compétitions européennes. Raul Sanllehi prit la parole. Selon les notes de cette réunion, il aurait expliqué que l’UEFA était en réflexion sur l’introduction d’une troisième compétition par-dessus la Champions League, déclarant que cela représenterait un facteur de revenu supplémentaire. Rummenigge a rajouté « Les grands clubs ont quelques idées sur le format (de la compétition) ».

Pas un mot n’a été prononcé sur la possibilité de se retirer des championnats nationaux et, il n’y eût aucune indication sur le fait que les tops clubs étaient déjà en train de travailler sur le concept d’une ligue privée.

En effet, il apparaît que la seule fonction de ces réunions de l’ECA est de donner un os à mordre aux clubs moyens européens afin de les garder calmes.

Six jours après cette réunion avec les clubs, Gerlinger envoya un autre e-mail aux représentants de la coalition secrète. Le premier sujet de l’e-mail était « Création d’une entreprise suisse ».

Gerlinger expliqua qu’une conversation téléphonique eût lieu avec le cabinet d’avocats anglais sur le comment procéder à la création de leur propre entreprise pour leur permettre de gérer les droits économiques de la Super League, se cette dernière venait à être créée. Une telle entreprise constituerait une « force et une pression » sur l’UEFA et, Gerlinger de rajouter «  l’UEFA a clairement peur que nous vendions nos droits nous-mêmes. »

Pendant ce temps, la coalition ou société secrète, intensifiait ses pourparlers avec l’UEFA.

Mai 2016: Le développement des compétitions européennes « Une nécessité »

Le 2 mai, quelques membres du Big Sept se rendirent à Budapest pour une réunion avec les officiels de l’UEFA. Quatre jours plus tard, le Bayern Munich envoya un e-mail signé par Rummenigge et son homologue de la Juventus, Andrea Agnelli, résumant la réunion de Budapest. « Aucune des attentes n’a été réalisée.» Selon les deux officiels des clubs, l’UEFA était incapable de formuler des décisions rapidement. Ils argumentèrent que les tops clubs, « qui étaient communément reconnus comme les piliers du système, » faisaient face maintenant à « des menaces globales,» rendant le développement des compétitions européennes « non plus une option : mais une nécessité.»

Les deux représentants bien remontés écrivirent qu’ils avaient consenti à rester mais seulement sous les conditions suivantes :

– Que la Champions League n’inclurait que 24 équipes à l’avenir

– La part des revenus des plus petits clubs devrait être diminuée

– Les clubs qui ont été les plus performants par le passé devraient recevoir plus de revenus à l’avenir

– Certains de matchs de compétitions européennes devraient être tenus durant les weekends et plus de matchs devraient être programmés à des heures plus adaptées pour la diffusion à l’international

– les clubs devraient avoir plus de contrôle et cogérer la compétition avec l’UEFA

Rummenigge et Agnelli étaient en train de demander à transfert complet du pouvoir et des revenus en faveur des super-clubs.

Sans surprise, l’UEFA a exprimé sa surprise dans sa réponse, se plaignant que la réunion était censée être juste un premier face à face entre cadres et qu’aucun ordre du jour « clairement défini » n’avait été annoncé avant les discussions.

Aucunes décisions ne pouvaient être donc faites dans ces circonstances écrivit l’UEFA, avant d’ajouter : «  Nous serions reconnaissants si vous pouviez nous informer sur le groupe des clubs que vous représentez ».

Cet e-mail était la dernière tentative sérieuse de l’UEFA de faire face à la dominance des grands clubs. Dans les semaines qui suivirent, les plans de la société secrète de se retirer de l’UEFA devinrent plus concrets. Les avocats des clubs étaient en train d’étudier la possibilité de planter leur entreprise à Bruxelles ou Londres. Les cadres sont arrivés à un accord sur le format de la Super-League, développant même une formule de distribution des revenus.

Juillet 2016: la dernière ligne droite

La 14 juillet, les dirigeants du Big Sept se réunirent à Barcelone au Camp Nou pour évaluer la dernière version du projet Super League. La liste des clubs a été affinée : il n’y aurait que seize membres permanents, aucun club de l’Europe de l’est n’y figurerait, et il y aurait huit clubs « invités ». La présentation fût conclue avec les actions restant à faire : informer les autres clubs qui se joindraient au groupe, gérer le divorce avec l’UEFA et l’impact que cela aurait avec les différentes ligues et travailler une stratégie de communication bien ficelée pour présenter un projet aussi controversé au public.

Mais le Big Sept n’a jamais franchi le pas. Suite à la réunion à Barcelone, la Super League fût mise sur le banc. Les trois membres les plus récents du cartel, Manchester United, Arsenal et l’AC Milan semblent avoir pris leurs distances. Ils n’apparaissent plus dans les copies des e-mails révélés dans les Football Leaks.

Cependant les quatre clubs restants – Bayern, Juve, Real et Barça- reprirent les négociations avec l’UEFA et leur ténacité en fût récompensée. Le secrétaire général du Bayern explique dans un e-mail daté du 4 août à destination des patrons des trois autres clubs, qu’il a obtenu de l’UEFA, une réduction des revenus de « Solidarité » attribués aux plus petits clubs. Ces revenus augmentent légèrement en valeur absolue, mais bien moins que les revenus de la Champions League qui devraient connaître une augmentation de 2.2 M€ à 3.2 M€ par an.

Il rajoute : «  La liste d’accès révisée de l’UEFA garantissait d’office quatre places pour les quatre grandes associations » et «  moins d’équipes » pourraient se qualifier à travers les tours préliminaires , ce qui était synonyme de plus d’accès à la Champions League pour les clubs majeures des plus grands pays.

Août 2016: Un compromis qui récompense l’élite

A une réunion de l’ECA à Monaco le 25 août, Karl-Heinz Rummenigge déclara que « les grands clubs avaient reçu de grosses offres pour créer une Super League et que l’UEFA a alors appelé les représentants de certains grands clubs à se réunir quelques semaines avant avec une proposition afin de conserver l’unité du football européen.

Le patron du Bayern annonça que son groupe était arrivé à un compromis avec l’UEFA pour limiter la participation à la CL à 32 clubs, alors que l’association comptait sur une participation à 48 équipes.

Une analyse critique des commentaire de Rummenigge à la ECA cependant, suggère qu’il y a plus à l’histoire que ce qu’il a bien voulu dire.

Le « compromis » avec l’UEFA bénéficie principalement aux tops clubs. Grace à la nouvelle régulation, ils recevraient bien plus d’argent qu’avant. La clause de tradition, qui permet de récupérer plus de revenus aux clubs ayant connu du succès dans la compétition dans les dix dernières années, devrait générer plus de 34 M€ pour un club majeur comme le Bayern, dés cette saison. Cet argent est garantit avant même que le club ne dispute son premier match.

De plus, cette réforme augmenterait le prix monétaire réservé au gagnant de chaque match, ce qui avantage encore une fois les grands clubs. Proportionnellement, cela ce traduit par une baisse de revenus pour l’Europa League et une diminution de l’agent alloué par solidarité aux autres ligues– creusant encore plus l’écart entre les gros et les petits clubs – mais peut être que cela n’a plus d’importance.

Les clubs grands reçoivent quelque chose de plus encore. Leurs représentants vont occuper trois des quatre postes de directeur dans une nouvelle entreprise conjointe entre l’ECA et UEFA afin de gérer la commercialisation des compétitions. Donc, les trois négociateurs de la fameuse société secrète, Gerlinger, Sallehi et Bertola feront partie désormais d’une entreprise «  UEFA Club Competitions » et, au cours des trois années à venir, pourront examiner les comptes de l’UEFA, les contrats de sponsoring et superviser tous les aspects organisationnels et opérationnels. Ils pourront apprendre tout ce dont ils ont besoin pour monter leur propre compétition si besoin.

« Ceci est une grossière erreur de la part de l’UEFA et nous nous y opposons » avait écrit dans un e-mail Lars-Christer Olsson, président des ligues européennes (appelée à l’époque EPFL), une association chargée de la protection des intérêts des 28 ligues nationales européennes. Selon Olson, la jointure ECA-UEFA est « un premier pas vers une super league en Europe. »

Olsson élabore plus encore que les changements dans les modèles de distribution mèneront vers « une augmentation du fossé entre les riches et ceux qui possèdent moins. »

Quelques jours plus tard, le secrétaire général de l’EPFL envoya un memo sur le sujet, qui détaillait une vue encore plus tranchée de ces réformes : «  Ces amendements étaient le résultat de pressions et de menaces exercées par les grands clubs qui étaient en position de force face à l’UEFA pour imposer des réformes que cette dernière leur a cédé. »

Quand EIC Network a contacté l’UEFA concernant les réformes de la Champions League, l’association a répondu : « Seulement quelques changements mineurs ont été appliqués afin de permettre de trouver le meilleur équilibre possible entre l’ouverture de l’accès aux compétitions et le maintien de leur attractivité. »

L’UEFA rajouta que grâce à ces décisions d’apporter des changements au format de la Champions League et sa structure, «  l’unité du football européen et la structure familière des compétitions européennes de clubs étaient préservées et que les bénéfices supplémentaires qui en résultaient n’auraient pas pu l’être autrement, sans ces changements. Ce qui veut dire que pour les allocations de solidarité et de participation, le football européen dans sa globalité – y compris les clubs qui ne participent pas aux compétitions UEFA- bénéficiera de ces arrangements. »

Octobre 2018: « Le plan n’a jamais été sérieux »

Dans une récente interview avec EIC Network, Gerlinger déclarait que sa principale préoccupation concernant les négociations était l’autodétermination des clubs. C’était un accomplissement important et, il se disait optimiste concernant la coopération avec l’UEFA à travers cette entreprise conjointe qui devrait se révéler « exceptionnelle».

Qu’en était-il du projet de quitter la Bundesliga ? C’était une option qui a été examinée affirme Gerlinder, parce que les équipes doivent être préparées à toutes les éventualités. Mais personne ne considérait sérieusement l’idée, elle a été « complétement balayée rapidement ». L’avocat continua par la suite d’argumenter qu’une Super League pourrait être une compétition avec des « marques » qui s’affronteraient. « Si une Super League se créé, le Bayern doit y être ».

Cependant il rajoute que Karl-Heinz Rummenigge n’était pas à l’aise avec l’idée d’organiser une compétition privatisée. Rummenigge était également celui sui, selon Gerlinger, avait insisté pour trouver un accord avec l’UEFA.

Est-ce que la Super League est morte ? Le format est « aussi éloigné que cela puisse l’être » répond Gerlinger. Les discussions avec l’UEFA sur d’autres formats à partir de 2024, continue-t-il, sont en cours, mais il n’y a aucune raison « d’avoir peur » d’une Super League.

Novembre 2018: La Super League revient encore

Le 22 octobre, le Real Madrid reçoit un e-mail adressée au président Florentino Pérez. Le message provient de Key Capital Partners qui suggère de mener des travaux sur des projets d’envergure.

En pièce jointe, un document intitulé «  Ebauche d’un accord des seize ». C’est là l’ébauche d’un accord de 13 pages entre 11 grands clubs européens pour instaurer une Super League à partir de 2021. Si tout se déroule selon les stipulations de ce document, la Champions League devrait cesser d’exister à partir de 2021.

A sa place, les onze plus gros clubs du continents se libérant de l’UEFA, se retrouveraient dans une élite appelée « La Super League Européenne ». Les onze « fondateurs » ne risqueraient jamais la relégation et seraient garantis une adhésion de 20 ans, tant qu’ils respectent les règles. Cinq autres clubs seraient inclus en tant que « invités initiaux », ce qui amènerait le total , à seize équipes.

Le projet, stipule le document est tenu au plus grand secret. Les signatures des représentants des seize clubs qui ratifie le document date de Novembre 2018, mais il n’est pas fait mention du jour.

Les 11 clubs listées comme “fondateurs” sont :  Real Madrid, FC Barcelona, Manchester United, Juventus Turin, FC Chelsea, FC Arsenal, Paris Saint-Germain, Manchester City, FC Liverpool, AC Milan and Bayern Munich. Les sept clubs de la société secrète sont tous représentés.  Les « invités initiaux » sont selon le document :  Atlético Madrid, Borussia Dortmund (BVB), Olympique Marseille, Inter Milan and AS Roma.

Les onze clubs fondateurs, selon le document toujours, planifient d’enregistrer une entreprise en Espagne pour le marketing, l’organisation aussi bien que l’exécution de l’European Super League. La compétition devrait se dérouler en deux phases : une phase de groupe et un tour à élimination direct. Il y aurait la possibilité également d’organiser une deuxième ligue, où les meilleures équipes à la fin de la saison pourraient disputer des rencontres afin de gagner des points leur permettant d’être promus en Super League.

Le document liste même les parts d’actionnariat détenues par chaque club individuellement dans la société gestionnaire de la Super League avec le Real Madrid qui détiendrait 18.77%, Barcelone 17.61%, Manchester United 12.58% et le Bayern Munich 8.29%.

Il n’y aucune mention de l’UEFA dans tout le document.

Traduit de l’anglais de : https://theblacksea.eu/stories/football-leaks-2018/foul-play/

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