On t’emmerde Denis

Avachis sur le canapé devant Netflix on fait la discussion avec mon ami. On parle des AMAP, des inégalités sociales, de l’aliénation capitaliste etc. Une bonne conversation de gauchistes. Surtout lui, moi je suis politiquement confuse. Je ne sais pas exactement comment on y vient, mais on discute du fait qu’il n’y a pas de femmes qui entraînent des équipes masculines, pire il y a très peu de femmes qui entraînent des équipes féminines. On parle de Laure Boulleau qui aurait été parfaite pour entraîner les féminines du PSG au lieu de se faire constamment couper la parole sur un plateau télé. On discute, on théorise puis je fais la réflexion que globalement je me sens respectée quand je parle de football. Que cela soit à travers mes articles, les réseaux sociaux, les bars, les stades, je ne suis que rarement confrontée à la misogynie. Certes il y aura toujours l’abruti occasionnel qui viendra lâcher un « retourne à ta vaisselle », qui au passage est une réplique désuète à l’ère des lave-vaisselle et d’Uber Eats, mais avec le temps j’ai fini par y être immunisée.

Il est tout de même vrai qu’il y a une évolution concernant le traitement et la perception des femmes qui travaillent dans des milieux dits masculins. Peu de gens dans la vie réelle vont vous attaquer parce que vous êtes en train de regarder un match de foot dans un bar où parce que vous donnez votre avis sur les qualités techniques de Bernardo Silva. Tout au plus, il y aura un petit rire condescendant ou une réaction de surprise qui peuvent être certainement agaçants, mais pas vraiment menaçants ou insultants. Il y a encore beaucoup de chemin à faire, mais il y a quelques signes encourageants. Non, là où il n’y a pas d’évolution c’est dans les médias grand public.

D’un côté nous voyons de plus en plus de femmes dans les émissions de sport mais paradoxalement les mentalités n’ont pas changées pour autant. Les journalistes ou consultantes sont encore recrutées sur la base de leur physique, leur parole n’est que rarement entendue et leur travail trop peu pris au sérieux. En premier lieu par leurs patrons et, en second par leurs confrères. Ce n’est pas que Laure Boulleau qui se fait couper la parole, ce n’est pas la seule qui voit ses avis balayés d’un revers de main comme si elle gênait, comme si on lui accordait une faveur qu’elle devrait remercier par le silence et une mise en beauté impeccable. Récemment, la pionnière Marianne Mako est décédée. Elle avait été la première femme à apparaître dans téléfoot avec sa chronique dédiée. A L’époque c’était une révolution, c’était encore malvenu et mal vu d’être une femme qui parle de football. C’était en 1987, aujourd’hui nous sommes en 2018 et le commentaire de Denis Balbir est une insulte à sa mémoire et un crachat à la face de toutes ces femmes qui rêvent de s’imposer dans le paysage médiatique sportif.

«Une femme qui commente le foot masculin, je suis contre. Dans une action de folie, elle va monter dans les aiguës».

La seule chose qui est réellement aiguë mon cher Denis est votre bêtise et votre absence total de décence. Alors, pour toutes ces petites filles qui tiennent la main de papa en chemin vers le stade, pour toutes celles qui retroussaient leurs petites robes pour sortir taper dans le ballon avec les garçons dans la rue, pour toutes celles qui ont caché leurs vignettes Panini sous leurs oreillers comme des trésors, pour toutes celles qui passent 20h par semaine à visionner des matchs, pour toutes celles qui ont tenu bon pour réaliser leurs rêves, pour toutes celles qui écrivent de la poésie sur un contrôle orienté, pour toutes celles à qui on a dit « c’est pas pour les filles ça », pour toutes celles qui ont appris plusieurs langues et conversé avec les plus grands joueurs de la planète, pour toutes celles qui ont parcouru le monde pour voir un match, pour toutes celles qui ont arraché leur poste à force d’abnégation la rage au cœur et le ballon dans la tête, pour toutes ces expertes, pour Candice Rolland, pour Ambre Godillon, pour Anne-Laure Bonnet, pour Mélisande Gomez, pour Najet Rami, pour Marie Portolano, pour toutes ces femmes et celles qui le deviendront: On t’emmerde Denis.

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