L’art de la guerre

Parfois on se retrouve dans des conversations de fond sur le football et on peut se sentir largués. Il y a tellement de jargon et de manières différentes d’aborder le sujet. Prenez moi , par exemple, je suis une quiche en tactique. C’est sérieusement affligeant. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Je regarde les vidéos d’analyse, je suis abonnée aux chroniques tactiques, j’ai acheté et lu les bouquins de référence, mais rien n’y fait. Parler tactique me fait penser à mes cours de maths au Lycée. J’avais de bonnes notes, mais au prix d’énormément d’efforts et sans plaisir aucun. Il y eut une brève période d’intérêt, quand on arriva à aborder le sujet des limites, mais seulement parce que j’avais réussi à romancer le sujet, au point qu’il s’agissait moins de mathématiques et plus de science fiction. Je ne suis pas à un point d’ignorance Pascal Praud-esque, mais je ressens mes lacunes lorsqu’on me lance sur le sujet.

Ce qui m’amène à réfléchir à ce qu’est la connaissance dans le football réellement. Faut-il maitriser tous les aspects pour être considéré comme un expert ou du moins un initié ? Le football est une science, dans le sens large du terme. On y retrouve toutes les matières : géographie, politique, histoire, statistiques, mathématiques, physique, biologie… Nous ne sommes jamais à court d’angles pour aborder et analyser le sujet.

Aujourd’hui la tactique a pris beaucoup d’importance et, ce n’est pas une mauvaise chose. Cela apporte de l’intelligence dans le jeu, de la variété également. Les différents systèmes et toutes les possibilités qu’ils offrent ; la science du placement et de l’utilisation de l’espace, l’étude personnalisée des mouvements du joueur sur le terrain, l’interaction et l’adaptation aux situations. C’est sans doute très intéressant, mais progressivement cela semble prendre toute la lumière et reléguer l’aspect humain au second plan.

La preuve en est que nous imputons les victoires et les défaites grandement aux choix tactiques de l’entraineur. Ce qui explique d’ailleurs l’adulation de certains entraineurs contemporains comme Guardiola, tandis que les managers à l’ancienne font figure de ringards dépassés. Nous parlons moins des grands managers, ceux qui insufflent un certain état esprit, une attitude, ceux qui inspirent leurs joueurs. Peut être parce que ce genre d’influence est inquantifiable. Cela ne repose sur aucun chiffre, aucunes données traitables de manière froide et factuelle. Cela rend l’analyse plus ardue et moins précise et l’erreur peut facilement s’immiscer.

On rapproche souvent la tactique dans le football à la tactique militaire dont elle s’inspire. Mais quiconque a lu « L’art de la guerre » de Sun Tzu, sait qu’il ne s’agit pas juste d’une histoire de placement ou de technique, mais d’état d’esprit, de spiritualité, de psychologie aussi et surtout. L’analyse  semble omettre aujourd’hui toute cette partie qui relève pourtant  bien de la tactique. La traversée du Rubicon par les troupes de Jules César était un choix tactique qui reposait essentiellement sur la psychologie. Cela envoyait un message fort à l’ennemi, tout en mettant ses propres hommes dans un état d’esprit voulu et prémédité : plus de retour en arrière.

Ceci est implicite lorsqu’on parle de tactique, en évoquant par exemple le jeu de possession, le quadrillage du terrain, le repli défensif etc. Ce sont des choix que l’on peut analyser à travers les chiffres, la géométrie, la physique, mais étrangement on ne parle que trop peu du message sous-jacent. le message qui est envoyé par l’équipe à son adversaire à travers tel ou tel système ou tel changement. Le côté humain est souvent occulté et trop peu souvent utilisé dans la lecture du jeu. Il n’y a aucun doute que des tacticiens comme Bielsa, Guardiola, Mourinho ou Conte pour ne citer qu’eux, savent gérer tout cet aspect imperceptible à première vue pour nous qui sommes à l’extérieur de cette intimité. S’ils réussissent avec leurs équipes, c’est qu’il savent mettre à profit la psychologie humaine au service de la tactique, en tant que composant à part entière de cette dernière. Ce qui justifie encore moins le fait que nous l’occultions dans nos analyses.

L’intronisation de la tactique dans le football moderne est une aubaine et une évolution tout à fait positive, à condition que celle-ci prenne en compte la donnée la plus importante : L’humain est au centre de tout. Un bon meneur de troupes, aussi brillant et ingénieux tacticien soit-il ne peut arriver à rien sans l’adhésion complète et totale de ses hommes.

Sun Tzu disait : «La doctrine, l’équité, l’amour pour tous ceux qui sont nos subordonnés et, pour tous les hommes en général, la science des ressources, le courage et la valeur : telles sont les qualités qui doivent caractériser celui qui est revêtu de la dignité de Général. »

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