Sweet bar o’ mine

Je ne suis pas spécialement croyante, mais j’ai toujours eu une fascination pour les lieux de culte. Par exemple, tous les dimanches je vais à la messe. Pendant une heure entière je déconnecte de tout. J’en ressors toujours avec des idées drôles ou terrifiantes, selon le sujet que le bon padre a traité dans son sermon ce jour-là. Je repars de l’église avec ce sentiment d’absolution et, je peux après aller me chercher une pâtisserie absolument indécente que je déguste sans la moindre culpabilité.

Mais de tous les lieux de culte, le bar reste mon préféré. Voilà le genre de phrase qui vous vaudra un regard compatissant de vos amis qui vous « suggéreront » de peut-être aller voir « quelqu’un ». Quelqu’un nous sommes d’accord désigne un psy. Je n’ai jamais compris cette peur de juste utiliser le mot. A l’époque où l’on vit, ceux qui m’inquiètent sont ceux qui ne voient pas quelqu’un justement.

Le bar est un refuge, il accueille le pauvre et le riche sans faire de distinction, le beau et le vilain. Après trois pintes sincèrement qui voit la différence ? Le bar est probablement le dernier temple de l’honnêteté. Les gens arrivent au pas de la porte avec leurs problèmes, la médiocrité de leur quotidien, leurs masques, ceux derrière lesquels ils cachent aux yeux du monde leur véritable nature et ils les laissent là. Ils les récupéreront à la sortie avec la note et le devis gueule de bois inévitable. Come as you are comme chantait un blondinet mal fagoté. Quelle église, quelle mosquée peut se vanter de rendre les gens à eux-mêmes le temps de quelques heures ?

J’ai commencé à fréquenter les débits de boissons grâce au football. J’ai trouvé que l’ambiance qui y régnait était parfois plus intense encore que celle du stade. Peut-être à cause de ce manque d’espace qui favorise la promiscuité. Il y a un lien sacré qui se forme entre deux inconnus qui se renversent mutuellement dessus leur bière tiède au moment du but. La communion, les commentaires sans aucune profondeur d’analyse et d’une mauvaise foi assumée; le petit « D’toutfason sa compo c’était de la merde » tout en soufflant sa fumée de cigarette à la face de son interlocuteur. Pas de chichi.

Ensuite vient le bruit. Si je choisis d’ailleurs souvent des bars irlandais (outre ma passion inavouée pour les barmen roux et tatoués), c’est que leur sélection musicale a au moins l’âge du plus vieux whisky qu’ils ont en réserve. Rien de pire que de débarquer dans un endroit qui diffuse une chanson sortie dans les douze derniers mois. L’autre bonheur, vient des concerts intimistes de petits groupes méconnus mais dont la passion n’a pas encore subi les effets pervers de la médiatisation. Je pense dire honnêtement que mes plus beaux concerts ont eu lieu dans les sous-sols de boui-boui mal aérés et à la fréquentation absurdement éclectique. Puis il y a le reste: le bruit des verres qui s’entrechoquent, la tireuse à bière, les bribes de conversations, le crissement des tabourets tirés sans ménagement. Ils viennent tous se noyer dans le fond d’un verre, dilués dans la liqueur.

Mais si aujourd’hui j’écris cette homélie sur la taverne, c’est que j’y vois possiblement, un des derniers lieux où le contact humain semble encore épargné par la dictature du politiquement correct. Avez-vous déjà essayé d’expliquer à Marc, qui en est à son cinquième demi-pêche, le concept de manspreading parce qu’il prend la moitié de la banquette ? Marc n’en a que faire. Il est venu pour pouvoir dire à des inconnus ce qu’il pense du coaching de Mourinho et plus tard peut être rencontrer une jolie fille.

Maintenant, comment choisir son bar ? Je pourrais vous donner une liste de critères à cocher, faire un tableau Excel pour en ressortir des courbes comparatives des meilleurs bars. Je dis je pourrais dans le sens où j’en suis absolument capable. Je pourrais y consacrer quatre heures de ma journée au lieu de rendre le dossier machin-truc que mon patron m’a demandé et j’en serai assurément très fière, mais je ne le ferai pas. Voyez-vous, trouver Son bar est une expérience toute personnelle et intime. Vous pouvez bien sûr éplucher les Timeout et les classements Tripadvisor, mais cela revient à télécharger des playlists toutes faites ou jouir dans un petit pot en plastique, vous ratez la meilleure partie.

Pour finir, je ne pouvais pas conclure ce billet aviné sans citer le vénérable Omar Khayyam :

En songe, quand l’Aurore

Levait sa main gauche

Dans le ciel,

La Taverne :

« Éveillez-vous, mes petits et remplissez la coupe avant que, dans sa coupe, la liqueur de vie ne tarisse. »

Et quand le Coq chanta,

Ceux qui se tenaient devant la Taverne crièrent :

« Ouvrez donc la Porte ! vous savez combien peu de temps nous avons à rester

Et qu’une fois partis, nous ne reviendrons plus. »

 

 

 

*L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération*

Ou jusqu’à ce que la carte bancaire soit rejetée

 

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