Épiphanie

Il y a des grands bonheurs dans la vie : tomber amoureux, faire un enfant, emménager dans sa propre maison … Puis il y a ces bonheurs qui font la vie. Les bonheurs simples, éphémères, accessibles, pourvu qu’on y prête attention. C’est en quête de ce bonheur que j’ai découvert « Epifani », un restaurant italien niché dans le cœur du 15ème arrondissement de Paris.

Pour vous situer, je commençais un nouveau travail et tout ne se passait pas comme je l’espérais. Les pauses déjeuner devenaient les meilleurs moments de la journée, des échappatoires salvatrices.

La première fois que j’ai mis les pieds chez Epifani, je dois admettre que j’étais sceptique. Des restaurants italiens j’en avais testé un petit paquet et, les déceptions ont été plus nombreuses que les bonnes surprises.

Vous souhaitez juger de la qualité d’un restaurant italien ? Trois choses :

  • Commandez une pizza simple, margherita ou napolitaine. Si la base (pâte / sauce tomate) n’est déjà pas bonne, inutile d’insister.
  • Demandez du ketchup. Si vous vous faites courser par le chef c’est que vous êtes dans un endroit qui respecte la cuisine.
  • Lisez attentivement le menu. Si le choix est trop extensif ou que vous voyez le mot ananas dessus, fuyez ! (Pour les plus calés en langues, les fautes d’italien sont des indices imparables)

Chez Epifani, dès le premier repas tous les doutes ont été levés. La pizza napoletana était à se damner, les accents chantants d’italien égayaient la valse des plats entrants et sortants et, pas l’ombre d’une bouteille de Ketchup Amora à l’horizon. En repartant, j’ai évidemment fait une razzia à l’espace épicerie que propose le restaurant. Que des produits sélectionnés minutieusement et affrétés depuis l’Italie. Mention spéciale pour le jambon de parme et le Panettone à la pistache pendant la saison des fêtes.

 

 

A raison de deux à trois repas par semaine, Gianluigi Epifani le chef du restaurant était rentré dans mon panthéon des artisans de mon bonheur. Le point culminant de mon amour passionnel pour la cuisine de Gianni fût le jour où il me servit un risotto ai funghi qui me fit monter les larmes aux yeux. Le temps que je finisse une part de Tiramisu plus aérien qu’une madone de Botticelli je savais que désormais, j’avais trouvé mon coin d’Italie à Paris.

Ce n’est qu’au bout de longs mois que pour la première fois je remarquais le restaurant en lui-même. Obnubilée par le contenu de mes plats, je n’avais jamais levé les yeux et donc je n’avais jamais remarqué les cadres accrochés aux murs : Le chef avec Laurent Blanc, le Chef avec Zidane, le Chef avec Ronaldinho ! Ceci et une petite tirelire aux couleurs de la Juve. Le chef est un fan de Calcio et moi j’étais passée à côté de cette information.

Il ne restait évidemment plus qu’une chose à faire : il était temps que Gianni et moi ayons une conversation.

Le repas est fini, les quelques derniers clients passent à la caisse, le chef vient s’assoir face à moi, sans détours je commence.

Les photos …

Ah oui cela date de l’époque où je travaillais dans un restaurant gastronomique à Parme. C’était d’ailleurs les belles années du Parma Calcio (années 2000). A cette époque tous les joueurs de l’équipe venaient manger au restaurant et les joueurs des équipes adverses aussi. Lamouchi, Thuram, Bravo, Micoud ils venaient tout le temps là. Ils faisaient comme chez eux, c’était de bons clients, normal. Mais c’est grâce à Sabri Lamouchi que je suis venu en France. Un jour il me dit « Je connais quelqu’un qui cherche un chef italien pour son restaurant sur les champs Elysées. » Bon moi je ne l’ai pas pris au sérieux, les gens parlent puis oublient. Mais au bout de la troisième fois, j’ai compris qu’il était sérieux donc je lui ai dit que j’étais ouvert à la discussion. Le propriétaire du restaurant est même venu à Parme pour me voir. On a discuté, au bout de trois mois j’étais à Paris.

Jusqu’à aujourd’hui je garde contact, Thuram m’aide à obtenir les billets pour les finales de champions league, c’est grâce à lui que j’ai pu aller voir la Juve…perdre.

 

Attends, je dois sortir la pizza du four.

 

J’en profite pour m’imprégner de l’endroit. La décoration est à l’image de la cuisine : sobre, élégante, chaleureuse et évidemment italienne. Un immense poster d’Anita Ekberg , la scène de la fontaine dans la Dolce Vita (mon film préféré de tous les temps), des livres de cuisine, des petites citations ici et là, quelques photos. Rien n’est ostentatoire, ni oppressant, un parfait équilibre comme une touche de basilic pour couronner une assiette.

 

 

D’ailleurs pourquoi la Juve ?

Depuis tout petit, je ne sais pas trop pourquoi, quand on est petit on choisit son équipe juste comme ça. Puis j’aimais bien les couleurs, le noir et le blanc, c’est encore aujourd’hui  mes couleurs préférées.

Tu penses quoi d’Allegri ?

C’est un bon entraineur, mais il lui manque quelque chose. Il ne gagne pas au niveau européen. Regarde Zidane, lui c’est un champion, il a tout gagné et il continue à gagner. D’ailleurs tôt ou tard il deviendra le sélectionneur de l’équipe de France, les gens l’aiment, parce que c’est un vrai champion. Après dans le jeu, moi j’aime bien quand on joue bien, pas juste pour gagner ; si on perd, on perd avec fierté.  La Juve est à l’image de casa Agnelli, c’est la méthode industrielle, tout est parfaitement carré.

Et la Nazionale ? C’est tout de même un crève-cœur de ne pas les voir à la coupe du monde.

Que veux-tu ?  On nous met un type qui ne sait rien de rien, qui n’a jamais rien gagné, c’est la faute de la fédération, ceux qui la dirigent. On récolte ce que l’on sème, c’est une question d’investissement comme dans la cuisine. Ce qui finit dans une assiette est une question d’investissement.

Tu penses quoi du football aujourd’hui ?

Il faut que tu poses la question à tes confrères journalistes, ce n’est pas vous qui faites du football une affaire de stars, de marketing ? Tu as vu le tapage autour de Neymar ?

Tu vois une différence entre la France et l’Italie en termes de culture foot ?

Oui quand même ! Je vais tous les week-ends voir mon fils jouer, et je remarque qu’il n’y a vraiment pas beaucoup de monde. En Italie, tu vas avoir tous les parents, les gens qui viennent comme ça juste pour regarder que ce soit des U12 ou des U15.

Le joueur qui t’a marqué ?

Ouf, il y en a beaucoup ! Zidane, Platini, Cannavaro et évidemment Gaetano Scirea, il était merveilleux.

Pour finir ?

Je vais te dire quelque chose, gérer une cuisine est comme gérer une équipe. Ici je ne me considère pas comme étant le chef, mais comme un entraineur. J’ai une équipe et on doit travailler tous ensemble pour un objectif unique. J’organise, rectifie le tir, pour qu’au final quand les gens partent d’ici ils aient pris du plaisir. Plein les yeux et plein les papilles.  

 

A la fin de l’entretien, Gianni me fait une bise chaleureuse et je repars avec les restes de mon risotto à l’encre de seiche.

Le bonheur c’est simple comme un plat de spaghetti alle vongole, à condition que ce soit Gianni qui les prépare.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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