Iran: préambule d’une histoire du football

Un pays de football

Le football est le sport numéro 1 en Iran, et ce depuis son introduction par les ouvriers pétroliers anglais au début du XXe. Depuis de nombreux changements ont été opérés afin d’arriver à une organisation structurée de l’exercice de ce sport. Aujourd’hui de football iranien est organisé comme la plupart des championnats européens, avec une ligue professionnelle (League Pro Iran) où sont inscrits 34 clubs professionnels.

Sur le continent asiatique l’Iran fait figure de vrai pays de football, avec des participations très régulières aux compétitions asiatiques et un palmarès fourni. Même si les deux clubs de la capitale monopolisent l’attention du public, d’autres clubs de province se sont illustrés sur la scène nationale comme le club de la ville d’Isfahân (Ispahan) le Sepahan Ispahan, qui domina le championnat durant 4 saisons de 2010 à 2013.

Le fonctionnement du championnat est lui, le même que partout ailleurs : une saison avec des matchs aller et retour répartis sur 34 journées et disputés entre 18 clubs. A l’issu, un champion et des play-offs pour les montées en league Bartar, la ligue 1. La ligue 2 iranienne est appelée « league Azadegan » ou plus communément League 1, le nom que portait le championnat iranien avant de passer au statut professionnel début des années 2000.

Beaucoup d’efforts ont été fait pour structurer le football et éviter donc la migration massive des joueurs iraniens vers l’étranger. Là s’opposent les visions du peuple et de l’état. Pour les iraniens réussir à exporter ses footballeurs à l’étranger, surtout dans des clubs européens est clairement une source de fierté. Pour l’état cela représente un aveu de faiblesse, à mettre au même niveau que « la fuite des cerveaux ». Le reflet de l’incapacité de l’état à retenir ses meilleurs talents.

Dans certains gros clubs iraniens, les joueurs sont encore mieux payés que dans certains clubs européens de milieu de tableau, de quoi vivre comme un prince en Iran. Dans ce sens, la migration des joueurs vers l’étranger reste maîtrisée.

Si aujourd’hui la télévision propose un large choix d’émissions dédiées au football, ce ne fut pas toujours le cas. C’est une émission devenue maintenant mythique, créée fin des années 90 qui contribua largement à présenter le football sous tous ses angles et introduit la notion « d’analyse footballistique ». L’émission appelée 90 (prononcé « navad » en Farsi), préparée et présentée par Adel Ferdosipour fait encore à ce jour des audiences qui atteignent les 20 M de spectateurs chaque semaine.

Pour autant et comme dans bon nombre de pays du Maghreb et du moyen orient, le championnat espagnol, la Liga, possède un large public en Iran et il est autant, voir plus suivi que le championnat national. Ceci est dû en grande partie au fait que la télévision iranienne diffuse un bon nombre de championnats européens gratuitement. Certains diront que la république islamique est bien arrangée que les jeunes soient chez eux devant un Barcelone- Leganés que dans la rue en train de protester.

Il existe cependant, une réelle ambivalence en ce qui concerne le football en Iran. Le dilemme entre l’ouverture et la modernité et le conservatisme identitaire. Dans un entretien pour la Revue de Téhéran, Christian Bromberger professeur d’ethnologie avait évoqué cette dualité en faisant remarquer le changement d’idoles pour la jeune génération. Alors que jusqu’à l’avènement du football, le héros national était le lutteur, aujourd’hui le footballeur l’a remplacé en popularité.

La lutte étant un sport représentatif de la culture et l’histoire iranienne. Les figures de la mythologie, dépeints dans le célèbre Shahnameh -livre des rois- incarnaient la force physique et le courage. Valeurs que l’on attribue aux lutteurs, à l’image du héros mythologique Rostam.

Le Varzesh-e Pahlavani (ou Bastani), sorte d’art martial antique, possédant à l’instar des autres disciplines du genre une forte composante spirituelle et philosophique subsiste toujours. Il véhicule les valeurs de l’héroïsme, de la bravoure et s’ancre dans la tradition de résistance iranienne aux forces étrangères.

Tandis que le footballeur est lui perçu comme un athlète de seconde zone, pratiquant un sport d’importation occidentale.

Team Melli VS le monde

Le drame d’un pays comme l’Iran à l’instar d’un pays comme la Corée du Nord c’est que l’actualité politique prend tellement d’espace sur la scène médiatique internationale que l’on oublie que dans ces pays, la culture du loisir et du plaisir est tout aussi présente voir plus, qu’ailleurs. L’exemple du Liban : un pays tellement meurtri par les guerres successives et les conflits internes que faire la fête là-bas équivaut à un acte quasi militant.

Le football de par son aspect populaire, fédérateur et de par sa simplicité – un ballon, deux équipes, un objectif – est une manière idéale d’exister pacifiquement sur la scène internationale. Un point commun que l’on retrouve chez beaucoup de natifs de nations qu’un certain président américain a un jour qualifié « d’axe du mal » est l’inquiétude du regard étranger. Cela peut presque s’apparenter à de la paranoïa.

Quand un pays avec son histoire, sa culture, ses accomplissements est réduit à un simple point chaud géopolitique, le football peut devenir, plus qu’un sport, une vitrine pour faire passer un message différent : « Nous sommes comme vous ».

 

@Crédit photo Farid Paya, pièce de théâtre « Rostam et Sohrab ».

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