Ode aux tifosi

Je suis tombée hier sur un écrit du grand Umberto Eco que j’avais déjà lu, mais qui me fait toujours autant marrer même s’il se moque indirectement de moi.

Il donne un mode d’emploi plein d’humour sur comment éviter de parler de foot en commençant par expliquer son propre sentiment par rapport à ce sport :  » Je ne hais pas le foot. Je hais les passionnés de foot […] Je nourris envers les tifosi un sentiment identique à celui des partisans de la Ligue Lombarde envers les immigrés extra-communautaires : Je ne suis pas raciste à condition qu’ils restent chez eux.  »

Le pire c’est que je le comprends. Nous tifosi, fanatiques du ballon rond, nous avons une façon très publique d’exprimer notre passion, publique et bruyante. On nous voit comme des braillards, des colériques, des pochetrons (avouez que ça va souvent de pair), beaufs, vulgaires…

Et ce n’est pas faux, pourquoi le nier ? Je ne vais pas tenter de glamouriser ou intellectualiser cette image, ni même à m’en défendre, pour la bonne raison qu’il n’y a aucune honte à cela. Je trouve même que ce portrait est plein de charme. Pas le charme classique d’escarpins vernis foulant le sol du Pershing Hall, le charme d’une scène de vie banale qu’aurait décrite Hemingway avec des mots simples et sans fioritures.

Si le supporter est braillard, gueulard et outrageusement vulgaire c’est par passion, mais aussi par liberté. Dans un quotidien où nous sommes tous tenus par des codes de conduite, où l’expression des sentiments est contenue à la sphère privée, le stade est peut-être l’un des derniers endroits où la liberté d’expression est totale et n’est soumise à aucune censure. Mais faites pas les cons avec les pétards et Lopes ! Il en reste, qu’on ne voit que rarement l’expression la plus authentique des sentiments les plus basiques de l’être humain en dehors d’un match de foot : la colère, la joie, la déception, l’envie, l’espoir… Pendant 90 min tout est vécu pleinement et de manière collective. Une communion !

Les tifosi ne sont pas des êtres paresseux, passifs, vivant par procuration derrière un écran ou depuis une tribune. Ils sont pleinement actifs et font partie intégrante du spectacle sans qui toute la pratique de ce sport comme de tant d’autres, n’aurait plus beaucoup de sens.

C’est en substance le discours que j’ai tenu à un ami qui lui aussi méprise les gens qui regardent le foot. Je lui ai expliqué que s’il était admis en société de s’extasier poliment devant les histoires empreintes de fierté de nouveaux parents, vous expliquant l’évolution du transit intestinal de leurs marmots; je devais aussi avoir le droit de décrire pendant 38 min, mon adoration devant les passements de jambes de Bernardo Silva.

Merde !

@ crédit photo : RMC Sport

1 commentaire

  1. Les bébés, ils sont moches. Les parents les trouvent toujours beaux. Moi je trouve ça laid. Mais la bienséance nous fait dire qu’ils sont beaux, devant ses même parents. Et pourtant que nenni.
    Hé ben les supporters de foot, c’est pareil. On reste tranquille toute la semaine pour exploser pendant 90minutes. Il faut un temps pour décompresser. Personnellement, le foot permet de m’évader. Même si j’aurais bien voulu rester enfermé hier soir tiens.

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